La crise climatique peut-elle accentuer l'inflation ?

La crise climatique, définie par des changements à long terme dans les températures et les conditions météorologiques sur la Terre, est principalement attribuée à des activités humaines augmentant les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.  

L'inflation, quant à elle, est la hausse généralisée et soutenue des prix des biens et services dans une économie sur une période donnée, souvent exprimée en pourcentage annuel.  

Ces deux phénomènes interconnectés soulèvent une problématique essentielle : de quelle manière la crise climatique, et plus généralement la crise environnementale, peut-elle influencer les mécanismes économiques, en particulier l'inflation, à travers le monde ? 

 

  1. Les mécanismes par lesquels la crise climatique peut influencer l'inflation 
  2. Anticiper l’inflation climatique par plus de sobriété et de solidarité  
  3. Transition énergétique et investissements dans le développement durable pour freiner l’inflation et tenter de limiter les catastrophes climatiques 

 

Les mécanismes par lesquels la crise climatique peut influencer l'inflation 

 

Réchauffement Climatique 

La crise environnementale accentue les risques d'événements climatiques catastrophiques principalement par l'intensification des phénomènes météorologiques extrêmes et la modification des systèmes naturels de la Terre. 

L’effet est aujourd’hui bien connu, l'augmentation des gaz à effet de serre due aux activités humaines réchauffe la planète, affectant les modèles de température et de précipitations globales. Cette modification climatique a pour conséquence d'augmenter la fréquence et l'intensité des événements extrêmes tels que les incendies de forêt, les ouragans, les vagues de chaleur, les inondations, les sécheresses et les tempêtes.  

 

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Par exemple, le réchauffement de l'atmosphère augmente sa capacité à retenir la vapeur d'eau, ce qui peut conduire à des précipitations plus intenses, entraînant des inondations et des glissements de terrain. À l'inverse, il peut aussi accentuer les périodes de sécheresse dans certaines régions, en modifiant les schémas de circulation atmosphérique et en réduisant l'accumulation de neige et le débit des rivières.1 

 

 

Les variations extrêmes du climat affectent directement la production agricole en impactant les réserves mondiales par des sécheresses et des inondations simultanées. Ces chocs sur le système alimentaire peuvent entraîner de fortes hausses des prix des aliments, potentiellement conduisant à des famines, des guerres et une récession économique mondiale sévère. La sécurité alimentaire étant directement liée à la stabilité climatique, les changements actuels augmentent considérablement le risque de crises alimentaires mondiales 2. 

Une étude publiée dans la revue Nature Climate Change en 2020 a mis en évidence que le rendement des cultures majeures, telles que le blé et le maïs, pourrait diminuer jusqu’à 25 % pour chaque degré Celsius d'augmentation de la température mondiale. Cette baisse de production entraînerait mécaniquement une hausse des prix des matières premières.3 

La fonte des glaces et l'expansion thermique des océans due au réchauffement global pourraient entraîner une élévation moyenne du niveau de la mer allant jusqu'à 1 mètre d'ici la fin du siècle si les émissions ne sont pas contrôlées. Cette élévation menacerait les régions côtières basses, y compris des villes densément peuplées et des nations insulaires, entraînant des dommages réguliers à l'infrastructure et à l'environnement, ainsi qu'une augmentation des événements de submersion côtière 4. 

 

En bref, toutes ces conséquences contribuent à l'augmentation des coûts de production, qui se répercutent sur les prix à la consommation, menant à une inflation plus élevée. La crise climatique agit ainsi comme un catalyseur de pressions inflationnistes, mettant en lumière l'interdépendance entre la santé de notre environnement et la stabilité de nos économies. 

 

À changement de paradigme, un changement de vocabulaire est nécessaire, opéré dernièrement chez nos amis anglosaxons : ne parlons plus d’inflation, mais de "climateflation", hausse des prix due aux canicules, sécheresses, inondations, qui expliquent que le prix de nos pâtes va bientôt en faire un mets de luxe. Ne parlons plus d’inflation, mais de "fossiflation", hausse des prix due aux déclins géologique, politique et technique des énergies fossiles, qu’il faut désormais s’empresser de laisser dormir sous terre. Ne parlons plus d’inflation, mais de "greenflation", autrement dit la hausse des prix consécutive aux investissements massifs qu’il nous faudra réaliser pour isoler nos logements, changer nos chaudières et nos voitures .5 

 

Mais la crise climatique n'est qu'une des multiples conséquences de la crise environnementale globale, qui découle du dépassement de plusieurs limites planétaires essentielles à la stabilité de l'écosystème terrestre. Ces limites planétaires définissent le « safe operating space » pour l'humanité et incluent des aspects comme le changement climatique, la perte de biodiversité, l'utilisation des sols, l'utilisation de l'eau douce, et les cycles biogéochimiques du phosphore et de l'azote. 

 

 

 

Destruction de la biodiversité  

La destruction de la biodiversité, en particulier des pollinisateurs, présente un risque majeur pour le vivant sur Terre, étant donné leur rôle essentiel dans les écosystèmes et pour l'agriculture mondiale. La réduction de la biodiversité, due notamment à l'utilisation excessive de la biomasse, des pesticides et à l'artificialisation des terres, compromet très sérieusement ces "services écosystémiques", tels que la pollinisation, qui sont vitaux pour l'agriculture et, plus largement, pour toutes les espèces animales et végétales.  

On estime que près de 35 % de la production mondiale de nourriture dépend directement des pollinisateurs. Leur disparition entraînerait une diminution significative de la production de fruits, légumes, et noix, conduisant à une diminution de la diversité alimentaire et à une augmentation de la malnutrition et des coûts des denrées alimentaires6. 

 

 

Surexploitation des sols  

L'expansion agricole et l'urbanisation réduisent les terres disponibles pour la culture alimentaire et les écosystèmes naturels, entraînant une augmentation des prix des terres et des coûts pour l'agriculture et la conservation, impactant ainsi indirectement l'inflation par l'augmentation des coûts alimentaires et de logement. 

 

Raréfaction de l'eau douce  

L'excès d'utilisation de l'eau douce, notamment pour l'irrigation agricole et les industries, réduit la disponibilité de cette ressource vitale, entraînant une augmentation des coûts pour son extraction, son traitement, et sa distribution. Ces coûts plus élevés peuvent se répercuter sur les prix des produits agricoles et d'autres biens et services, contribuant directement à l'inflation. 

 

Cycles du phosphore et de l'azote  

Les engrais azotés et phosphatés en excès peuvent être lessivés des sols agricoles et se retrouver dans les cours d'eau, les lacs et les zones côtières. Cela entraîne une eutrophisation, caractérisée par une croissance excessive d'algues qui, en mourant et en se décomposant, consomment l'oxygène disponible dans l'eau, créant des zones hypoxiques (ou « zones mortes ») où la vie aquatique ne peut plus subsister. 

Cette perturbation affecte la biodiversité, la qualité de l'eau, la santé des sols, et contribue aux émissions de gaz à effet de serre, notamment le protoxyde d'azote, un puissant gaz à effet de serre. 

Les espèces végétales adaptées à des environnements à faible teneur en nutriments sont souvent dépassées par quelques espèces à croissance rapide qui prospèrent dans des environnements enrichis en azote et phosphore, réduisant ainsi la diversité des plantes et, par conséquent, des animaux qui dépendent d'elles (cf. sous-partie sur la biodiversité ci-dessus pour comprendre le lien avec l’inflation). 

 

Transition énergétique et investissements dans le développement durable pour freiner l’inflation et tenter de limiter les catastrophes climatiques 

L'adoption des technologies liées au développement durable, bien qu'essentielle pour la transition énergétique, implique souvent des coûts initiaux élevés pour les entreprises et les gouvernements. Par exemple, la mise en place d'infrastructures pour l'énergie renouvelable ou l'achat de véhicules électriques nécessite des investissements importants, qui peuvent se répercuter sur les prix des biens et services à court terme. 

Pour faciliter la transition vers une économie durable, des investissements significatifs, tant publics que privés, sont nécessaires. Ces investissements peuvent stimuler l'innovation, créer des emplois dans les secteurs verts et contribuer à une croissance économique à long terme. Toutefois, ils peuvent également entraîner à court et moyen terme des augmentations de prix. 

 

Pour en savoir plus sur le sujet : Le coût de l’inaction écologique plus coûteuse que la transition 

 

Les investissements nécessaires pour la transition, comme l'augmentation de la taxation des combustibles fossiles et l'adoption de technologies gourmandes en minéraux pour les énergies renouvelables, peuvent potentiellement entraîner une augmentation des prix pour les consommateurs et les entreprises. Cette transition peut aussi provoquer une hausse temporaire de l'inflation due à la perturbation des chaînes d'approvisionnement et à l'augmentation des primes d'assurance liées à la fréquence accrue d'événements climatiques extrêmes 7. 

 

 

 

Mais, à long terme, la transition vers une économie durable pourrait contribuer à stabiliser ou réduire l'inflation. En réduisant la dépendance aux combustibles fossiles et en investissant dans l'efficacité énergétique et les technologies vertes, les économies peuvent devenir moins vulnérables aux chocs des prix de l'énergie et aux coûts associés aux changements climatiques. Cela pourrait, en fin de compte, conduire à une économie beaucoup plus résiliente. 

 

Consultez notre analyse : Epargne ou Investissement : que faire face à l’inflation ? 

 

Une transition écologique bien gérée peut minimiser l'impact inflationniste du réchauffement global en réduisant la fréquence des événements climatiques extrêmes et, par conséquent, les coûts associés à leur atténuation. De plus, l'investissement dans des technologies à faible émission de carbone pourrait potentiellement stimuler la productivité et la croissance économique dans certains secteurs là où d’autres connaîtront nécessairement une décroissance. 

 

Pour en savoir plus sur le sujet : le développement peut-il être durable ? 

 

Ces changements sectoriels et sur le marché du travail nécessiteront des mesures politiques pour assurer une transition juste et équitable, tandis que les bénéfices à long terme, tels que l'amélioration de la gouvernance économique et la stabilité financière, seront substantiels.8 

 

Anticiper l’inflation climatique par plus de sobriété et de solidarité  

La sobriété est un pilier central de la transition écologique, car elle invite à une consommation responsable et réfléchie, essentielle pour réduire notre empreinte environnementale. Cette approche se manifeste par la valorisation de produits et de services moins nombreux mais de meilleure qualité, qui sont conçus pour durer plus longtemps et être moins nuisibles pour l'environnement.  

Par exemple, opter pour une alimentation plus saine et locale réduit la demande de produits hautement transformés, qui nécessitent souvent une chaine logistique complexe et énergivore, tandis que privilégier des vêtements fabriqués dans le respect des normes environnementales et sociales diminue la pollution et l'exploitation liées à l'industrie textile.

Bien que ces choix puissent représenter un coût initial plus élevé, ils s'inscrivent dans une perspective de durabilité et d'économie à long terme en réduisant les besoins de remplacement et les dépenses liées aux impacts environnementaux négatifs. 

 

L'écologie nous incite donc à nous concentrer sur l'essentiel, en réévaluant nos besoins et en privilégiant la qualité à la quantité. Cela se traduit par un mode de vie plus sobre, où l'on cherche à minimiser les achats impulsifs et non nécessaires, comme l'accumulation d'appareils électroniques à obsolescence programmée ou l'utilisation excessive d'emballages jetables.  

 

En adoptant des habitudes plus durables, telles que le recyclage, la réparation et le partage, nous contribuons à un modèle économique circulaire, qui limite le gaspillage des ressources et réduit les émissions de gaz à effet de serre. Cela passera certainement par la mise en place de moyens juridiques plus stricts pour les acteurs les plus émetteurs et des incitations financières, comme des subventions, pour les plus vertueux. Si les gestes individuels du quotidien comptent, de réelles actions collectives planifiées sont essentielles pour que l’impact soit bien réel.9 

La sobriété, loin d'être une contrainte, peut ainsi être perçue comme une opportunité de recentrer nos vies sur ce qui compte réellement, améliorant notre bien-être tout en préservant la biodiversité et les conditions même de la possibilité du vivant.  

 

 

Elle doit pouvoir rendre accessibles aux populations les plus précaires des biens durables et de qualité, tout en incitant les plus aisés, souvent principaux contributeurs à la pollution de par leurs modes de consommation intensifs, à adopter un train de vie plus modeste par solidarité.  

L’association OXFAM révélait en 2023 une étude expliquant que « les 1% les plus riches (77 millions de personnes) seraient responsables de 16 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2019, soit l’équivalent de l’empreinte carbone des deux tiers de l’humanité les plus pauvres (5,11 milliards de personnes). À titre de comparaison, ces 16 % d’émissions représentent plus que l’ensemble des émissions liées aux voitures et au transport routier et il faudrait près de 1 500 ans à une personne appartenant aux 99 % restants de l’humanité pour générer autant d’émissions de carbone que les milliardaires les plus riches produisent en un an ».10 

L'intégration de la sobriété dans nos vies, couplée à une juste répartition des richesses, est donc essentielle pour construire une société plus résiliente et équitable. Elle invite chacun à considérer l'impact de ses choix de consommation dans une perspective globale, soulignant l'importance de la solidarité dans la lutte contre le changement climatique et la dégradation environnementale. 

 


Sources :

(1) https://education.nationalgeographic.org/resource/influence-climate-change-extreme-environmental-events/

(2) https://yaleclimateconnections.org/2022/07/the-future-of-global-catastrophic-risk-events-from-climate-change/

(3) https://www.nature.com/articles/s41893-020-0569-7

(4) https://www.nrdc.org/stories/what-are-effects-climate-change

(5) https://www.challenges.fr/green-economie/tribune-le-dereglement-climatique-est-devenu-l-un-des-facteurs-de-l-inflation_828167 

(6) https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Efese%20-%20Le%20service%20de%20pollinisation%20-%20Analyse.pdf

(7) https://blogs.worldbank.org/allaboutfinance/inflation-and-ecological-transition-european-perspective

(8) https://www.europarl.europa.eu/thinktank/en/document/EPRS_BRI(2022)733623 

(9) https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/12/22/justice-climatique-l-etat-echappe-a-une-troisieme-condamnation-et-a-une-lourde-astreinte-dans-l-affaire-du-siecle_6207283_3244.html

(10) https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/infographies-les-1-les-plus-riches-emettent-autant-de-gaz-a-effet-de-serre-que-les-deux-tiers-des-plus-pauvres-151904.html

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