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Publié le 05 juin 2019 | par Anne-Catherine B.

La biodiversité

Vous respirez ? Vous mangez ? Vous buvez ? Vous vous habillez ? Et vous vous soignez ? Bref vous vivez. Si nous avons de l’oxygène, de la nourriture, de l’eau, des matières premières et des médicaments, c’est grâce à elle, la biodiversité.

En collaboration avec une écologue, nous avons souhaité écrire cet article afin d’expliquer la raison pour laquelle la biodiversité est notre seule et unique assurance-vie.

Rentrons dans le vif du sujet, la biodiversité c’est quoi ?

Ce mot est composé de DIVERSITE et de BIO(logique).

La biodiversité, c’est donc tout le vivant quelles que soient ses formes, animales ou végétales, champignons ou bactéries. La plus grande échelle de la biodiversité, c’est celle des ECOSYSTEMES : un océan, une forêt, une steppe, une mangrove, etc.

Dans ces écosystèmes vivent différentes espèces :

  • Les vertébrés : poissons, oiseaux, reptiles, amphibiens, et mammifères …
    Et l’Homme aussi. Une évidence qu’il est parfois bon de rappeler !
  • Les invertébrés : mollusques, crustacés, insectes, méduses, vers de terre, …
Mais alors me direz-vous, a-t-on vraiment besoin de tous ces écosystèmes et de toutes ces espèces ?

La réponse est oui. La biodiversité est essentielle parce qu’elle contribue à créer et à maintenir la vie. On peut la comparer à une grande boucle en équilibre dans laquelle tout est lié et interdépendant. Tous ces écosystèmes et toutes les espèces qui les composent sont étroitement interconnectés. La destruction de l’un(e) d’entre eux (elles) entraîne immanquablement un effet domino sur les autres. A terme, c’est l’avenir de l’Homme qui est menacé. Nous expliquerons cet effet domino un peu plus loin dans cet article.

Les services écosystémiques

La nature réalise pour nous un travail immense que la technologie ne pourra jamais remplacer.

Prenons quelques exemples concrets de notre quotidien. Ce sont les lacs et les rivières qui fournissent l’eau que je bois, l’abeille qui pollinise les fleurs et les végétaux que je mange, le coton qui fait ma chemise, le saule pleureur dont est issu la molécule qui soigne mon mal de tête, les oceans et les forêts qui produisent l’air que je respire, régulent le climat et stockent le carbone, les sols en bonne santé et riches en matière organique qui permettent aux végétaux de pousser sans engrais et sans pesticides, les zones humides qui ralentissent l’érosion et atténuent les inondations… Même le pétrole est constitué d’ancienne matière vivante qui s’est décomposée, accumulée et transformée sur des millions d’années. 

C’est quoi l’effet domino ?

L’extinction d’une espèce en entraîne d’autres en cascade. C’est ce que l’on nomme l’effet domino. Illustrons cette thématique par plusieurs exemples.

Si le loup disparaît d’un massif montagneux, les grands herbivores deviennent plus
nombreux et mangent plus de plantes. La végétation va alors manquer pour nourrir
d’autres espèces, comme des lapins ou des insectes, qui seront menacés de disparition à leur tour. 

Au début du XXème siècle, la loutre de mer, dans le Pacifique, était chassée pour sa fourrure. Elle fut rapidement au bord de l’extinction. Au même moment, les poissons se firent aussi de plus en plus rares. Le lien entre ces 2 phénomènes finit par être compris. Les loutres de mer se nourrissent d’oursins. Les oursins quant à eux se nourrissent de petites algues marines, le fucus. Si les oursins n’ont plus de prédateurs, ils mangent tout le fucus et celui-ci disparaît. Les jeunes poissons qui vivent dans ce fucus commencent eux aussi à disparaître. Eliminer les loutres de mer a donc eu pour conséquence la disparition concomitante des poissons.

Les requins sont des espèces dites « clé de voute » et permettent de maintenir l’équilibre de l’ensemble de l’écosystème marin. Dans l’océan, ils se trouvent tout en haut de la chaîne alimentaire. Ils jouent un rôle de régulation directe ou indirecte sur de nombreuses populations de poissons, mammifères marins et crustacés. Ces derniers se nourrissent de plancton et d’algues qui sont des éléments essentiels de la production d’oxygène de l’océan. Si le nombre de requins diminuent, la quantité de prédateurs intermédiaires explose et ce mécanisme aboutit à un déficit problématique du plancton et des algues. 100 millions de requins sont massacrés chaque année. 

La 6ème extinction de masse

Vous en avez entendu parler. Ces mots ont fait la Une des journaux récemment lors de la publication en mai 2019 du rapport de l’IPBES, groupe international d'experts sur la biodiversité, l’équivalent du « GIEC » pour le climat.
La 6ème extinction de masse décrit l’effondrement alarmant de la biodiversité et des écosystèmes. En quelques mots, le déclin du vivant. En cause : les activités humaines.

Lors d’une extinction de masse, un nombre important d’espèces disparait, de manière rapide et en grande partie irrémédiable. Les scientifiques parlent d’«anéantissement biologique».

L’impact de l’alimentation sur la biodiversité

Extension de l’élevage et de l’agriculture, surpêche, utilisation massive de pesticides … l’alimentation est aussi un facteur important de déclin de la biodiversité.
L’IPBES, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et l’IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations
Internationales) ont récemment publié des rapports sur les impacts de nos systèmes agro-alimentaires.
Les causes de ces reculs sont connues. Ils sont imputables, en premier lieu, à la perte et à la dégradation de l’habitat sous l’effet de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation, de l’extraction minière. Vient ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, les espèces invasives, le changement climatique. Les scientifiques y ajoutent maintenant aussi la surpopulation humaine et la surconsommation, en particulier celle des habitants
des pays riches.

Ces différentes analyses démontrent que l’effondrement de la biodiversité terrestre est d’abord due aux changements d’utilisation des sols, principalement pour l’agriculture et l’élevage :

  • L’agriculture occupe aujourd’hui 1/3 des terres émergées et sa progression s’est faite au détriment des forêts. Dans le même temps, son intensification a doublé la consommation d’eau et de pesticides, a triplé celle des engrais. L’utilisation de produits chimiques a stérilisé les sols en détruisant les organismes vivants qui les composent.
  • Les ¾ de l’usage agricole des sols sont destinés à l’élevage d’animaux et à la production de céréales pour leur alimentation.
  • Pour les océans, la pêche industrielle est la cause principale du déclin. Elle exploite 55% de la surface des mers du monde. Les zones les plus concernées sont l’Atlantique Nord-Est (Europe) et le Pacifique Nord-Ouest (Chine, Japon, Russie). 31% des stocks de poissons sont surexploités, ce qui signifie qu’un nombre important d’espèces sont prélevées plus vite qu’elles ne peuvent se reproduire.
A votre niveau, que pouvez-vous faire? 

La priorité devrait être de promouvoir un régime alimentaire réduisant de façon
significative la part des produits animaux,viande et poisson. Réduisez également les graisses et les sucres, dont la production, par les plantations de palmiers à huile, de betteraves et de cannes à sucre, accapare elle aussi des terres

On ne scie pas sur la branche sur laquelle on est assis

Nous dépendons donc de la biodiversité, et nous en faisons partie. Or l’Homme moderne s’est peu à peu déconnecté de cette nature, au point de l’utiliser encore et toujours plus, au point qu’aujourd’hui elle est menacée, qu’elle soit
extraordinaire ou ordinaire. Et au point, donc, qu’elle ne nous rendra bientôt plus ces services essentiels à notre survie. Réchauffement climatique, pollution, surexploitation des ressources et des espèces, pression démographique sur les écosystèmes, urbanisation galopante, destruction des habitats naturels, introduction d’espèces invasives…
Autant d’impacts causés par l’Homme à la nature et à sa propre survie. 

Il est urgent de recréer du lien avec la nature. Le seul contact qu’ont beaucoup
de gens avec elle, c’est au mieux un parc municipal, au pire un arbre sur un
trottoir. Il faut éduquer à l’écologie scientifique. Si on montre à quel point la
machine-écosystème est belle, à quel point nous en sommes totalement
dépendants, et surtout à quel point les systèmes écologiques sont connectés, on
se donne une chance de sauver ce qui peut l’être encore. On ne scie pas la
branche sur laquelle on est assis ! L’heure de la prise de conscience est révolue, il est maintenant temps d’agir à grande échelle. 


Les chiffres

60% des animaux sauvages ont disparu dans le monde depuis 1970
80% des insectes ont disparu en Europe en moins de 30 ans
1/3 des oiseaux ont disparu des campagnes françaises en 15 ans
50 000 km² de forêts sont rasés chaque année dans le monde
75% de l’environnement terrestre et 40% de l’environnement marin présentent des signes inquiétants de dégradation
1 million d’espèces sont menacées d’extinction définitive

 

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